Sleaford Mods: plus inspirants qu'un post Linkedin

Sleaford Mods: plus inspirants qu'un post Linkedin

Par Jean-Sébastien Peru
MusiqueInspirationArte

Vous allez dire que j'abuse si je vois des lecons professionnelles et du developpement personnel dans Sleaford Mods. Et vous aurez certainement un peu raison.

Je suis retomnbé sur ce documentaire en trainant sur l'appli arte et c'etait la deuxième fois que je voyais ce film. Je me souviens à l'époque (2017 ?), ça passait en direct après un épisode de Tracks (ah les vendredi soir à zoner sur Arte jusqu'à 2h du mat'... larme à l'oeil). Bref, voilà que je découvrais ces 2 anglais, dans leur salle de répet un peu miteuse, déblatérer des horreurs sur une musique minimaliste sortie d'un vieux laptop et ça m'avait fasciné.

Pas tant par la musique elle-même. Difficile de vraiment aimer la musique de Sleaford Mods sans sous-titre, en effet. Ce n'est pas très agréable, à ecouter on ne comprend rien à ce ce qu'il raconte, mais on est quand meme fasciné par les personnages, surtout en live.

Fasciné par Jason Williamson, d'abord et surtout. Sa verve, son flow, son style d'abord qui crève l'écran. Sleaford Mods c'est d'abord lui. Par Andrew Fearn, aussi, qui dansouille à peine sur scène derrière son ordi pourri posé sur une chaise, une canette à la main. Et 3ème personnage qu'on ne verra que dans ce documentaire, le premier manager / chauffeur de bus grisonant, sa collection de vinyles dans sa chambre de bonne, ses étiquettes qu'il colle à la main et ses disques qu'il envoie par la poste, on se reconnait forcément un peu en lui, il a l'air sympa, il realise un peu son rêve, pour moi c'est la star cachée de ce documentaire.

Le pitch

Ça démarre donc en bas de l'échelle, ou presque, dans les pubs devant 4 types à peine, puis ça monte, ça monte, les salles grossissent, le nombre de types aussi, jusqu'à Glastonbury, la BBC et les featurings avec Iggy Pop.

Voilà donc le récit de l'ascension du groupe depuis la banlieue grise de Nottingham vers les sommets des charts, les festivals en bord de mer ou carrément Coachella. Ascension très classique jusque là, sauf que non justement.

Car les Sleaford Mods sont loin du cliché britpop, même si Jason Williamson porte la frange et s'habille Mod. Un truc très particulier à la limite du punk, de l'electro, du spoken word, mais rien de tout cela vraiment non plus.

Comme déjà dit ce n'est pas super agrable à l'écoute, c'est rugueux, pas trop mélodieux, ca raconte des choses dures en argot, tout ce qui à priori on vous déconseillera pour réussir.

Leçon 1 : il n'est jamais trop tard pour démarrer

La leçon la plus importante c'est surement : on peut commencer une carrière musicale à succès à 40 balais.

Souvent, dans la milieu de la musique les quadras font juste partie du paysage et s'encroutent un peu. Ou alors reviennent en force après quelques années de semi-retraite et avec leurs groupes des années 90/2000 prennent la place des petits jeunes sur les affiches des festivals. Mais rarissimes sont ceux qui démarrent leur carrière avec déjà des cheveux grisonnants et de la bedaine. Sleaford Mods l'a fait et ça fait un bien fou.

Leçon 2 : soyez vous-même.

Ce qui a plu, c'est le discours, sans concessions, et l'identification à leur public. Jason Williamson est leur porte voix. Les insultes volent, la poésie punk par excellence, celle qui parle du monde du travail, des petits patrons mesquins, des univers bouchés.

Là encore, on est en terrain conquis. Pour le public, ca fait du bien, c'est cathartique. Ce n'est pas sur Linkedin qu'on peut avoir cette libération de la parole et de l'energie envers le monde du travail.

Je disais que Williamson est le porte voix de son public, mais c'est bien plus que ce cliché, en verité. Parce qu'on serait bien incapable de faire ce qu'il fait, on n'a pas la gouaille, la diction, l'énergie, la poésie, l'humour de ce type avec son trench, son sac en plastique et sa cannette de bière.

Leçon 3 : le paradoxe existentiel du groupe punk à succès

On sent poindre néanmoins la fin d'un chapitre et le début d'un autre lorsque le succès arrive.

On a suivi avec beaucoup d'humour la tournée des pubs d'Angleterre en Ford Corsa. On a adoré voir le manager quitter son job de conducteur de bus pour démarrer à cinquante ans une carrière dans l'industrie de la musique. On le voyait coller des étiquettes à la main sur les vinyles, une des dernières fois qu'il aura à faire cela, puisque SPOILER ALERTE (non), le groupe va signer sur un gros label. Et on voit donc le groupe changer la Ford Corsa contre un ENOOOOORME bus.

Et là, ce qui faisait le charme de la "formule" Sleaford Mods", le côté cheap des boîtes à rythme et du dispositif (une caisse de bière pour poser l'ordi, un micro et zou, 1-2-1-2 on peut y aller) semble déjà un peu en danger. L'imagerie, d'une part, et le discours aussi (la critique sociale). Vont-ils pouvoir continuer à parler des banlieues grises, des arrêts de bus, des conseillers emploi, ou des petits chefs alors que tout a explosé ?

Bon, en fait, ca continue à bien aller pour eux depuis 2017, on ne va pas trop s'inquieter. La recette n'a pas trop évolué, le discours sûrement un peu. Leur quotidien sans aucun doute.

Mais je ressort de la vision de ce documentaire dans le meme état que la première fois. Ultra motivé, plein de force, l'inverse en somme d'un scroll déprimant sur les réseaux sociaux. 👇